Mon encre à fleur de peau

IMG_20171129_120033

J’ai pris ma plus belle plume,
Pour rêver sur ta peau.
D’acier elle plonge, froide,
Doucement,
Dans le bleu de l’encrier.

Ton corps est parfumé,
Tes ongles vernis,
Tes yeux maquillés.

La flamme danse, tangue,
Bercement agité par mon souffle léger.
L’essence lentement enivre nos sens,
D’odeurs épicées, de parfum de bougie.
Des rideaux vaporeux s’extraient,
Des lueurs tamisées,
Et portent sur ton dos, nu, huilé,
Des ombres délicates et tremblantes.
Un voilage de soie recouvre ta croupe,
Délicieusement.
Je la contemple. Malicieusement.

Tes mains liées par un ruban de soie,
Rouge sang,
Se font si lascives,
Résignées,
Ton corps prêt à s’abandonner.

D’une main je soulève,
Ta féline crinière.
De l’autre j’approche ma divine plume,
Sur ton cou dégagé.
Tu courbes l’échine,
Sers les poings,
Et tes lèvres te mordilles.

Une perle d’encre bleue vient s’y déposer,
Empruntant le sillon creusé par ma plume,
Telle l’eau qui chemine,
A l’heure de la marée,
Vient dessiner une lettre,
La première de l’alphabet.
Ecrite en majuscule,
Elle trahit mes pensées,
Ma passion exaltée,
Oh, ma femme adorée.

Amour.

Je te regarde,
Tu es exquise.
Pour te faire frissonner,
De la pulpe du doigt,
J’accentue la pression,
Recherchant l’équilibre,
Quand la douleur naît,
Et le plaisir ultime,
Belle et jouissive limite,
A juste atteindre,
Et ne pas dépasser.

La musique s’est arrêtée,
Il n’y a plus que nos souffles,
Que nos respirations,
Et tes doux gémissements.

Ma poésie s’écrie,
Désormais sur ta peau,
Ta silhouette élégante,
En courbes exquises,
En mots bleus et rouges,
En lettres rouge sang.
Je t’aime et te désire,
Oh ma douce beauté.

Et ce voile de soie,
Et les ombres portées,
Les reflets balançant,
Cachent coquinement,
Le plus précieux de toi,
Ce bel écrin divin.
Tu es belle dans l’intimité.

Comment ne pas vouloir gouter à présent,
Ton corps frissonnant,
Connaitre le gout de ta bouche, de ta langue,
De ta sêve, de tes baisers ?
Je récite sur ton dos,
En long, en large et en baisers.
Douceurs de peau, douceur de lèvres,
Indécente volupté.

La soie glisse,
Tes liens se délient,
Tes poignets se délassent,
Tes merveilles s’ouvrent et se découvrent,
Et la soie qlisse en long supplice.
Mes mains serpentent et semblent s’égarer,
Moi, fébrile, charmé, émerveillé,
Devant tant de beauté.
Je sens en moi tes ongles se crisper.

Et puis les mots s’emmêlent,
Les couleurs se mélangent,
Aux odeurs de nos sueurs,
De nos parfums, de nos baisers,
Aux goûts de nos écumes.

Sous l’effet de la marée.
Nous dansons un tango,
Dans un rythme effréné,
Tel le ressac nos corps s’attirent,
Et se repoussent,
Dans les vagues, fortes,
Nous sommes chahutés.
Je te prends, fort,
Pour te retenir,
Tes griffes en moi s’agrippent,
Je les sens jusqu’à mon âme s’enfoncer.

Fin de la tempête.

Beauté des sexes mélangés,
Chaleur de ton corps blotti,
Douceurs susurrées,
Et sur ton dos tatoué,
Ma poésie pudiquement drapée,
D’un fin linge de soie.

Cette nuit encore je t’aime,
Nous nous sommes tant aimés,
A fleur de peau,
Comme une première fois.

Sur le bureau, près de l’encrier,
Ma plus belle plume,
Et une feuille de papier

Un costume trop grand

IMG_20170625_215312.jpg

Dans toutes les entreprises de France et de Navarre,

Il y a des gens, à qui un doux refrain vient murmurer aux oreilles,

Qu’il est temps d’endosser quelques responsabilités.

On souhaite leur confier l’encadrement d’une équipe.

Cette tâche leur fait souvent un peu peur, ils rechignent parfois,

Mais pour les motiver, on leur fait miroiter,

Pour le prochain printemps, sur les fraises un peu de crème fouettée.

 

On leur parle carrière, ambition, évolution professionnelle.

Certains résistent, doutant de la qualité du fruit.

Lorsqu’on les juge très travailleurs, obstinés et dociles,

On leur promet de napper le dessert de chocolat,

A condition de voir la courbe progresser,

De 15% à 20 % cette l’année.

 

Voilà donc nos responsables, nos capitaines, nos premiers de cordée.

Certains partent d’un pas zélé vers les neiges éternelles,

Souhaitant être les premiers à trouver l’edelweiss,

Huant, criant « qui m’aime me suive »,

D’autres ont l’ambition modeste de s’entourer d’une équipe, d’un groupe de copains,

Qui ensemble fera son chemin.

 

Très vite, on va leur montrer la courbe,

Leur demander 30 puis 50%.

Dans la cordée, il y a du mou à certains endroits,

A d’autres, ça se tend.

Derrière le premier, on s’aide parfois. Il arrive que ça rouspette.

Le chef des fois fait la sourde oreille. Des fois il engueule ceux qui traînent.

Ca dépend. Certains veulent absolument goûter au chocolat,

D’autres ne souhaitent que conserver la tête de la cordée,

Qui leur a été confiée.

 

Jamais personne n’a le temps de savoir,

Ce qui pourrait permettre au groupe de mieux avancer.

Personne ne songe plus que la cordée pourrait par exemple ralentir,

Pour avancer plus régulièrement. Personne ne pense plus.

Dans tous les cas, la discorde finit par envahir le groupe,

Les plus « faciles » rejettent les faibles maillons,

Ou les plus malins désignent le fragile et idéal coupable.

 

Le chef ne sait plus que faire,

Ses instructions lui disent d’accélérer.

Il ne peut prendre le temps,

D’analyser la situation.

Et là il comprend.

 

Il regarde ses manches.

Le costume qu’on lui a remit était un peu trop grand pour lui.

On ne lui a jamais demandé de faire au mieux avec cette équipe là,

Mais d’accélérer, d’accélérer, d’accélérer…

Il va commettre l’irréparable, regarder les doigts tendus,

Et sortir de la cordée l’homme fragile qui a été désigné.

 

Cet homme dont personne n’a pris le temps de savoir pourquoi,

Il n’arrive à suivre le rythme des premiers,

Et à respecter la consigne pourtant réitérée:

Accélérez, accélerez, accélerez…

 

Le groupe repartira, sans doute un peu plus vite,

Mais alors chacun saura,

Ce qu’il peut lui arriver si la corde venait à se tendre,

Et se détendre.

Le chef, lui, regarde de nouveau la cime, la tête haute,

Avec son costume décidemment trop grand pour lui.

 

A Philippe…

Jihem, 2008

Histoires de mots et mot d’histoires

IMG_20170305_121846

Il y a les mots de trop, les mots de pas assez,

Il y a les mots qu’on dit comme ça,

Ceux qu’on n’a pas su dire,

Ceux qu’on ne dit pas,

Ceux qu’on aurait voulu dire.

Il y a les mots qui passent comme ça,

Ceux qu’on a oubliés,

Ceux qu’on n’oublie pas,

Ceux qu’on n’entend pas et celui qui vous blesse.

Il y a les mots d’amour,

Les mots de tous les jours.

Il y a les jeux de mots,

Il y a les mots des ébats,

Les mots des débats.

Il y a les mots câlins,

Les mots coquins,

Qu’on dit en rougissant,

Ou pas.

Il n’y a pas de guerre sans mots.

Il y a les ordres,

Et les mots d’ordre.

Il y a les mots qui grondent,

Ceux de la colère,

Ceux de la révolte.

Les mots d’orgueil, d’humilité,

Ou, de lâcheté.

Il y a ceux qui savent, les mots,

Ceux qui font comme si, ou comme ça.

Il y a ceux que l’on cite,

Et ceux qui irritent,

Les propos, les quiproquos.

Il y a ces mots d’enfants,

Et ceux qu’on leur adresse,

Les mots de l’ouvrier,

Ceux du paysan.

Il y a les mots châtiés,

Les mots de charretier.

Il y a les à peu près,

Les mots de travers,

Les mots de traverses.

Il y ces mots qui tournent autour de moi,

Des mots de toutes les couleurs,

Comme autant de lueurs.

Mais il est temps que je vous laisse,

Jouer avec les mots,

Trouver les vôtres,

Selon votre heure ou votre humeur.

Ephémère

IMG_20170520_134215

Ils sont éphémères,

Mais ils sont si beaux,

Ces moments-là,

Cet instant,

Où du frottement des pierres,

Surgit l’étincelle.

Cette fumée sortie,

De mes doigts enduits de souffre,

Cette coccinelle,

Qui se pose ici.

L’éphémère est parfois magique,

Féérique.

Il est parfois si beau, si intense,

Qu’on aimerait le retenir,

Mais il ne vous appartient pas,

Et il vous fuira.

L’éphémère est libre,

Il faut l’accepter ainsi,

Et savoir apprendre,

S’imprégner,

De ces moments-là,

Que l’on a cherchés parfois,

Et qui vous surprennent pourtant.

Cette vague sur le rocher

Ce regard que l’on croise et que l’on n’oublie pas,

Une matière, un carré de soie,

Ou ces mots qui le sont parfois,

Ephémères.

Si mon verbe ne vous parle pas,

Alors ne cherchez pas,

Vous ne me comprendrez pas.

Je suis comme ça,

Personnage de l’instant,

Ame navigatrice,

Cueilleur d’étoile.

Ce matin, ma planète s’est faite silence.

Rose est malade

IMG_20171014_102545.jpg

Hier, la journée fut triste. Rose est malade. Malade de la tristesse qui la ronge. De ses peurs qui l’empêchent d’agir. Malade de ne supporter la moindre frustration telle une petite fille qu’elle est un peu restée. Rose ne rêve pas d’ors, ni de richesses matérielles ; elle rêve d’une vie simple à la campagne. Rose rêve du bonheur comme une cime qu’il faut atteindre et non comme la conséquence de la réalisation de soi. Mais Rose a peur, d’une peur profonde et d’origine lointaine. Peur d’échouer et d’être dans le besoin. Et c’est son corps qui a réagi à ses maux. Il y a  quelques semaines Rose a appris qu’elle a un cancer. Et elle a choisi de s’isoler davantage. Puisqu’elle n’arrivait pas à décider de sa vie, alors il lui fallait un coupable. Ce coupable idéal, c’était moi.

Je suis parti tôt ce matin. Je traversai le pays à la recherche de Rose. Je savais ce rendez-vous improbable. Rose était fâchée. Et elle souhaitait faire disparaître la moindre trace de moi. Quitte à s’annihiler  elle-même avec mes dernières encres. A moins que ce ne soit moi qui m’efface derrière mon inaccessible et absolu désir de Rose.  Je m’accrochais à mon personnage comme si ma propre existence était désormais entre ses mains. Je ne sais plus, j’ai perdu mes repères. Et Rose, que je crois née de mon imagination, est maintenant l’amour d’une vie. Oui je crois… Et Rose est en danger, et Rose souhaite décider de son destin. Seule !

Je descendais du train. Le temps au dehors était maussade. De fortes pluies étaient annoncées pour la journée. En quête de mon chemin, j’accostais les gens au milieu de la gare routière. Je voulais retrouver Rose au centre de traitement du cancer où elle devait guérir son mal. J’étais désormais trempé mais là n’était pas l’essentiel. Ayant sans doute pitié de moi, un vieux monsieur se proposa de m’accompagner. Sa gentillesse était une aubaine, et elle me permit d’arriver tôt. Rose ne m’attendait pas. Vraiment pas. Je me renseignais et j’appris que son traitement ne débutait que le lendemain. J’en voulu à mon imagination qui décidemment se rebellait contre moi. Je lui en voulais de ce rendez-vous manqué. Mon imagination ou peut-être la réalité. Je doutais désormais de ma propre existence…

Il pleuvait dru à présent. Et l’eau glacée sur ma peau et le coton mouillé éloignaient mes doutes pour un moment. Je ne rêvais pas. Je repartais vers son domicile, à pied. Il devait bien avoir une vingtaine de kilomètres à parcourir. L’important, c’était Rose, rien que rose. Le froid n’était rien. J’avais bien failli mourir pour elle quelques mois auparavant…

Une voiture s’arrêta, puis une autre, puis une autre comme si elles s’étaient donné le mot, solidaires, pour m’emmener au rendez-vous. Le trajet fut plus facile que Zeus semblait l’avoir décidé. Je devais faire de la peine avec mon pantalon assombri par les masses d’eau absorbées. Je me retrouvais ainsi, peu séduisant, derrière le portail de Rose. Je l’appelais mais elle semblait absente. J’attendais donc, mes os se glaçant et mes vêtements ne pouvant plus éponger la pluie incessante.

Une heure plus tard, un taxi déposait Rose au bout de la rue. Elle fut surprise de me voir. L’échange fut bref. Elle avait regroupé tout ce qui lui venait de moi et me demandait de le reprendre. Je refusais. Mon récit ne pouvait s’arrêter ainsi. Je mis rapidement des vêtements secs à l’abri du mauvais temps et repris la route, piteusement. Les éclairs s’étaient ajoutés à la fête.

Mon héroïne me repoussait. J’étais abattu. Mais je la savais vivante.

IMG_20171014_102545.jpg

Lettre à Sidonie

IMG_20170926_224902

On se connait si peu,

Et pourtant ton regard si émouvant,

A de toi faite une amie,

Quelqu’un,  quelqu’une, de chère,

Qu’on est prêt, près, à aimer,

A aider, si besoin.

A être là, un instant, un moment,

Une minute ou un an,

S’il t’arrive d’être las,

Un jour, ou pas.

J’espère qu’on partagera tes rires,

Aussi, tes joies, tes émois,

Ta tendresse à donner,

Et à prendre,

A partager.

Oiseau sensible pose toi,

Repose-toi.

Tu as les larmes si belles,

Ta détresse si touchante,

Qu’il me tient d’en attendre la suite,

Ta suite, le moment suivant.,

Ce que tu vas construire maintenant.

Je serai patient, moi l’impatient.

Que dis-je ?

Je suis patient, ici, las, en ce moment.

Où les mots et leurs sens,

Se mêlent, et s’emmêlent,

Et se rendent compte, à contre sens,

Comme nos âmes ici côtes à côtes,

Si proches puis fuyantes par instants,

Grisants, ou troublants,

De rires de pleurs et de mélancolies

Blasés et enlacés.

Tu es venue une fois,

Pour un peut-être rien,

Où peut-être fuir,

Et tu reviens,

Pour construire.

Cette étape-là,

Ne la rate pas,

La marche n’est pas si haute que cela,

Et ce n’est qu’une étape,

A franchir,

Imagine, la,

Dessine-la,

Petite princesse,

Et joue-la, à saute-mouton,

Regarde-la,

Comme une chose de réalisable, Pour TOI.

Des étapes, il y en aura d’autres, puis d’autres,

Puis d’autres,

Et tu graviras,

Mais accorde-toi du temps,

Pour celle-là.

Juste celle-là.

Sans oublier tes rêves pour t’y porter.

Sans oublier tes rêves, tes amours,

Et tes amitiés.

Et, s’il tu en sens le besoin,

Mon amitié.

A Sidonie, un matin où une année s’éteint.

Un soir à Nice

IMG_20170218_181955
On s’est connu un soir,
J’étais assis là,
En face des musiciens,
Juste à la table ronde.
 
On s’est connu un soir,
Toi en face, dans le canapé de cuir,
Juste à l’arrière,
D’un batteur hors pair.
 
On s’est connu un soir,
Nos yeux se sont croisés,
Prenant un air de rien
Qui donc a commencé ?
 
On s’est connu un soir,
Au milieu des lumières,
Vertes, rouges, bleues et noires,
Moi noyant mon désespoir.
 
On s’est connu un soir,
Tu es venu à moi,
M’as demandé de veiller,
Ton amie endormie.
 
On s’est connu un soir,
Et puis on est parti,
Sur un son de guitare,
Tu m’as raccompagné.
 
On s’est connu un soir,
Sur un banc,
Face à la mer,
On s’est raconté, tu riais.
 
On s’est connu un soir,
On s’est serré, On s’est mêlé,
Je partais tôt,
Il était tard, tu riais.
 
On s’est connu un soir,
A l’aube j’ai pris mon chemin,
Au rythme de la basse et du train.
 
On s’est connu juste un soir,
J’étais assis là,
Toi juste en face,
Que deviens-tu ?